Bienvenue dans mon antre, étranger. Mets-toi à ton aise, je t'offre cette visite...
L'antre
de l'ange
de la mort...
Bienvenue dans mon antre, étranger. Mets-toi à ton aise, je t'offre cette visite...
Ereldir… L’Archimage Ereldir… Mon Maître Ereldir… Si je puis te transmettre les connaissances que j’ai accumulées au cours des derniers siècles, c’est surtout grâce à lui… Il est l’homme qui m’empêcha de sombrer dans l’Akron lorsque je le découvris pour la toute première fois… C’est lui qui m’apprit à chevaucher cette vague de vie et à puiser ma force en elle… Il est connu à travers de nombreux mondes, ici comme un sorcier distingué, là comme un sage éminent, ou encore comme un ermite prévoyant… Il me semble qu’il se faisait appeler Socrate dans votre monde… Ereldir n’est même probablement qu’un nom d’emprunt, mais quelle importance, peu importe le nom qu’un être revêt, son essence, son âme elle ne change en aucun cas.
Cet homme avait toujours réponse à toutes les questions imaginables ou inimaginables, même si la réponse n’était pas forcément celle que tous attendaient… Ereldir passa une grande partie de sa vie à rassembler des ouvrages d’une grande rareté des quatre coins de Terralis. Le reste de sa vie, il la passa à retranscrire les nombreuses aventures qu’il avait vécues, ses recherches sur l’Akron, ses remarques sur tel ou tel monde… Des dizaines de milliers d’ouvrages en tout et pour tout… Ce trésor littéraire est conservé dans une bibliothèque portant le nom de cet être de légende : la Bibliothèque d’Ereldir. Chose à la fois étrange et merveilleuse, cet homme est parvenu à entreposer tous ces écrits à l’intérieur même de l’Akron, leur offrant ainsi l’éternité. Inutile de me demander comment il y est parvenu, il m’a simplement enseignée comment accéder à cette bibliothèque… Je vous apporterai quelques ouvrages de temps à autres afin que vous puissiez vous rendre compte par vous-même du talent de cet être.
Les ruelles s’enchaînaient, se ressemblant toutes, sombres et étroites. Les habitations qui jadis faisaient la splendeur de Cira tombaient peu à peu en ruine. La plupart ne comptaient pas plus d’un étage, les fenêtres étaient protégées par de solides barreaux métalliques et les portes étaient probablement toutes barricadées, assurant ainsi un semblant de protection… Rassurant surtout les propriétaires. Pillards et meurtriers rodaient la nuit rendant la ville entière trop incertaine pour les quelques honnêtes citoyens qu’il restait. Bien peu ne pouvaient se vanter de vivre en sécurité et chacun savait que quelques barrières ne pourraient arrêter ses assassins…
Aux toitures manquaient ici et là quelques tuiles, les brèches étaient parfois colmatées mais les faibles moyens des habitants empêchaient toute réparation durable. L’Empereur étouffait son peuple sous des impôts aussi nombreux qu’inutiles. Les sévères répressions qui avaient suivi les quelques rébellions avaient annihilé toute aliénation à l’Empire. Même si chacun en son cœur haïssait ce gouvernement, la peur de voir sa famille emprisonnée, assassinée ou même pire, maintenait la population enchaînée face à ses devoirs, à savoir servir loyalement le royaume et donc sa tête. En réalité, le peuple était devenu l’esclave qui par peur préserve le maître. La capitale était le bastion de cette déchéance. Plus aucun garde ne venait allumer les quelques torches accrochées aux murs. La lune elle-même refusait sa lumière à la ville dissimulée quelque part derrière les nuages.
Une ombre se distingua des autres. Rapidement, elle traversa la rue et sans même prendre le temps de se retourner, elle s’enfonça dans une ruelle adjacente. L’homme ne devait pas avoir plus de quarante ans, il se mouvait dans un silence absolu et avec une aisance qui dénonçait une grande expérience. Ses vêtements noirs lui permettaient de se fondre sans aucune difficulté dans l’obscurité. Il jeta un regard derrière lui et accéléra le pas. Il semblait presque emprunter les rues sans même réfléchir, tournant lorsque l’occasion se présentait, à moins qu’il ne connut parfaitement le labyrinthe de ruelles. Si le destin seul l’avait conduit, l’homme ne fut pourtant pas surpris lorsque le chemin se termina en impasse. Un pâle sourire effleura ses lèvres. Une porte lui offrit l’abri d’une pénombre plus sombre. Sortant un kriss de sa botte droite, il s’entailla la paume qu’il porta ensuite à l’étrange pierre blanche qui pendait à son cou. Alors que la pierre absorbait son sang et prenait une teinte vermeille, l’homme se fondait de plus en plus dans l’obscurité. Seul un œil exercé aurait pu entrevoir la lame levée, prête à frapper.
Deux hommes surgirent sans bruit d’une des ruelles. Revêtus eux aussi de noir, ils étaient tous deux armés d’une épée courte. Cela faisait déjà plus d’une heure qu’il poursuivait cet homme à travers Cira mais aucun des deux ne laissaient transparaître de lassitude. Bien peu ne réussissaient à leur échapper et c’était un miracle qu’il fut encore en vie, même s’il ne le resterait que peu de temps. Après un échange silencieux, ils s’approchèrent de l’impasse et dépassèrent l’inconnu sans même l’apercevoir. Ce dernier n’hésita pas. Sans perdre de temps, il se plaça furtivement derrière l’assassin le plus proche et avant même que celui-ci n’ait le temps de réagir, il lui trancha la gorge. Sans un cri, il s’écroula sur le sol, son sang se répandant lentement sur les pavés. L’autre assassin réagit beaucoup plus rapidement. Il esquiva de justesse le kriss qui fouetta l’air d’un bruit sec. L’homme à la pierre salua son adversaire d’un air presque ironique en levant son arme à la hauteur de son visage. Redevenu totalement visible et ne bénéficiant plus de l’effet de surprise, il préféra adopter une position défensive. Il contra aisément les deux premières attaques. Chacun semblait jauger la force de son adversaire, attendant qu’il commette une erreur, cherchant ses points faibles. L’assassin n’était plus aussi confiant que précédemment, un frisson le parcourut alors qu’il jetait un regard à son compagnon. S’il n’éprouvait aucune tristesse pour sa mort, il préférait ne pas avoir à subir le même sort. C’est avec cette idée en tête qu’il lança un ultime assaut. Alors que sa lame percutait le kriss, il fit glisser de sa manche une dague qu’il projeta vers le visage de l’homme à la gemme. Celui-ci se fendit et tandis que la lame lancée effleurait son visage traçant un sillon sanglant sur sa joue, il fit glisser son kriss le long du glaive de son opposant. L’assassin n’eut pas le temps de combler l’ouverture qu’il avait créé alors qu’il tentait son attaque. La surprise se peignit sur son visage, il porta la main à son côté, là où la garde du poignard dépassait.
« Qui… » Un souffle rauque franchit ses lèvres, il ne put terminer sa phrase. Il s’effondra à son tour.
« Qui suis-je ? » Un léger sourire naquit sur le visage du survivant. Sa voix mélodieuse se perdit dans la nuit et le silence seul lui répondit.
« L’ignorance des morts est moindre que celle des vivants… »
Note : Il s'agit du récit d'un témoin, j'ai retranscrit les paroles bredouillantes d'un vieillard de la ville de Cira. La pierre que l'un des hommes porte à son coup m'intrigue fortement. S'agit-il d'un concentré pur de l'Akron enfermé dans un minerais ? Il me faudra me renseigner plus avant...
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