Bienvenue dans mon antre, étranger. Mets-toi à ton aise, je t'offre cette visite...
L'antre
de l'ange
de la mort...
Bienvenue dans mon antre, étranger. Mets-toi à ton aise, je t'offre cette visite...
As-tu déjà pu remarquer à quelle point la vie est éphémère, étranger ? Tu t'attaches à accomplir une tâche, y mettant tout ton coeur... Et alors que tu t'apprêtes à y porter une touche finale, le vent souffle ton oeuvre et te donne l'occasion de tout recommencer à nouveau... n'est ce pas surprenant ? Peut être simplement terrifiant... Crois-tu que le monde soit fait de telle sorte qu'il n'y ait aucune raison à tous ces événements ? Cela ne te serait pas pénible de croire ainsi que ta vie se trouve dévastée sans aucune raison, juste parce que les circonstances ont fait que cela arrive ?
Mais cela n'est-il pas tout aussi inadmissible de penser qu'il y a quelques forces qui de là-haut dirige d'une main protectrice ou tyrannique chacune de tes actions ? A moins que ces forces ne soient là que pour placer l'une ou l'autre choses sur ton chemin...
Ainsi, soit aucun d'entre nous n'est libre de vivre sa propre vie, auquel cas il ne sert à rien pour nous de vivre puisqu'il ne s'agit pas là de notre existence... Soit les choses arrivent sans aucune raison, auquel cas notre vie elle même est dénuée de sens... A quoi bon vivre s'il n'y a rien devant soi et encore moins derrière ?
Réfléchis bien étranger à ce que tu peux répondre à cela...
Les ruelles s’enchaînaient, se ressemblant toutes, sombres et étroites. Les habitations qui jadis faisaient la splendeur de Cira tombaient peu à peu en ruine. La plupart ne comptaient pas plus d’un étage, les fenêtres étaient protégées par de solides barreaux métalliques et les portes étaient probablement toutes barricadées, assurant ainsi un semblant de protection… Rassurant surtout les propriétaires. Pillards et meurtriers rodaient la nuit rendant la ville entière trop incertaine pour les quelques honnêtes citoyens qu’il restait. Bien peu ne pouvaient se vanter de vivre en sécurité et chacun savait que quelques barrières ne pourraient arrêter ses assassins…
Aux toitures manquaient ici et là quelques tuiles, les brèches étaient parfois colmatées mais les faibles moyens des habitants empêchaient toute réparation durable. L’Empereur étouffait son peuple sous des impôts aussi nombreux qu’inutiles. Les sévères répressions qui avaient suivi les quelques rébellions avaient annihilé toute aliénation à l’Empire. Même si chacun en son cœur haïssait ce gouvernement, la peur de voir sa famille emprisonnée, assassinée ou même pire, maintenait la population enchaînée face à ses devoirs, à savoir servir loyalement le royaume et donc sa tête. En réalité, le peuple était devenu l’esclave qui par peur préserve le maître. La capitale était le bastion de cette déchéance. Plus aucun garde ne venait allumer les quelques torches accrochées aux murs. La lune elle-même refusait sa lumière à la ville dissimulée quelque part derrière les nuages.
Une ombre se distingua des autres. Rapidement, elle traversa la rue et sans même prendre le temps de se retourner, elle s’enfonça dans une ruelle adjacente. L’homme ne devait pas avoir plus de quarante ans, il se mouvait dans un silence absolu et avec une aisance qui dénonçait une grande expérience. Ses vêtements noirs lui permettaient de se fondre sans aucune difficulté dans l’obscurité. Il jeta un regard derrière lui et accéléra le pas. Il semblait presque emprunter les rues sans même réfléchir, tournant lorsque l’occasion se présentait, à moins qu’il ne connut parfaitement le labyrinthe de ruelles. Si le destin seul l’avait conduit, l’homme ne fut pourtant pas surpris lorsque le chemin se termina en impasse. Un pâle sourire effleura ses lèvres. Une porte lui offrit l’abri d’une pénombre plus sombre. Sortant un kriss de sa botte droite, il s’entailla la paume qu’il porta ensuite à l’étrange pierre blanche qui pendait à son cou. Alors que la pierre absorbait son sang et prenait une teinte vermeille, l’homme se fondait de plus en plus dans l’obscurité. Seul un œil exercé aurait pu entrevoir la lame levée, prête à frapper.
Deux hommes surgirent sans bruit d’une des ruelles. Revêtus eux aussi de noir, ils étaient tous deux armés d’une épée courte. Cela faisait déjà plus d’une heure qu’il poursuivait cet homme à travers Cira mais aucun des deux ne laissaient transparaître de lassitude. Bien peu ne réussissaient à leur échapper et c’était un miracle qu’il fut encore en vie, même s’il ne le resterait que peu de temps. Après un échange silencieux, ils s’approchèrent de l’impasse et dépassèrent l’inconnu sans même l’apercevoir. Ce dernier n’hésita pas. Sans perdre de temps, il se plaça furtivement derrière l’assassin le plus proche et avant même que celui-ci n’ait le temps de réagir, il lui trancha la gorge. Sans un cri, il s’écroula sur le sol, son sang se répandant lentement sur les pavés. L’autre assassin réagit beaucoup plus rapidement. Il esquiva de justesse le kriss qui fouetta l’air d’un bruit sec. L’homme à la pierre salua son adversaire d’un air presque ironique en levant son arme à la hauteur de son visage. Redevenu totalement visible et ne bénéficiant plus de l’effet de surprise, il préféra adopter une position défensive. Il contra aisément les deux premières attaques. Chacun semblait jauger la force de son adversaire, attendant qu’il commette une erreur, cherchant ses points faibles. L’assassin n’était plus aussi confiant que précédemment, un frisson le parcourut alors qu’il jetait un regard à son compagnon. S’il n’éprouvait aucune tristesse pour sa mort, il préférait ne pas avoir à subir le même sort. C’est avec cette idée en tête qu’il lança un ultime assaut. Alors que sa lame percutait le kriss, il fit glisser de sa manche une dague qu’il projeta vers le visage de l’homme à la gemme. Celui-ci se fendit et tandis que la lame lancée effleurait son visage traçant un sillon sanglant sur sa joue, il fit glisser son kriss le long du glaive de son opposant. L’assassin n’eut pas le temps de combler l’ouverture qu’il avait créé alors qu’il tentait son attaque. La surprise se peignit sur son visage, il porta la main à son côté, là où la garde du poignard dépassait.
« Qui… » Un souffle rauque franchit ses lèvres, il ne put terminer sa phrase. Il s’effondra à son tour.
« Qui suis-je ? » Un léger sourire naquit sur le visage du survivant. Sa voix mélodieuse se perdit dans la nuit et le silence seul lui répondit.
« L’ignorance des morts est moindre que celle des vivants… »
Note : Il s'agit du récit d'un témoin, j'ai retranscrit les paroles bredouillantes d'un vieillard de la ville de Cira. La pierre que l'un des hommes porte à son coup m'intrigue fortement. S'agit-il d'un concentré pur de l'Akron enfermé dans un minerais ? Il me faudra me renseigner plus avant...
Eternel égarement
Mais le temps n'attend pas, quelque soit ton désir..,
Le temps s'écoule, comme du sable
Et nos âmes s'enroulent en une vaine poursuite
Autour des filaments mielleux de nos rêves éphémères…
Et seule persiste l'amer nostalgie
Résultat pathétique de ces échecs tragiques…
La vie n’est qu’un anneau sans fin
Un gémissement troublé selon le Sablier…
Et les hommes se détournent de l’onde du présent
Pour fuir l’amertume d’un passé délabré
Et tenter d’effleurer un futur purifié...
Vos yeux sont embrumés, vos sens vous ont trompé
Avides vous avancez vers votre propre fin…
Espoir et désespoir sont liés depuis toujours…
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